Exposition - La Ferme d'en Haut de Villeneuve d'Ascq - 02 décembre 2011 au 29 janvier 2012

« Carnet d'Adresses » : trois actes et une exposition finale

de Kaixuan FENG

Faire de sa vie une œuvre d’art, c’est l’orientation que Kaixuan Feng a prise pour concrétiser une démarche artistique articulée autour de la notion d’échange et du rapport public/privé. Peintre de formation, elle crée aujourd’hui des évènements à travers l'art de la performance. La photographie, la vidéo, la peinture lui permettent de composer l'évènement, mais produisent également une trace de celui-ci. En créant les circonstances de la rencontre (rendez-vous), elle cherche à créer des passerelles entre la vie et l’art, entre son espace intime et celui de l’autre. Les objets du quotidien établissent souvent dans son travail le passage de la sphère privée à la sphère publique.

Installée en France depuis 2005 pour étudier l’art, elle est étrangère, ce qu’on ne manquera pas de lui rappeler. Ainsi depuis son arrivée, elle renouvelle chaque année son titre de séjour en date du 26 octobre. En 2010, une fois son diplôme obtenu, le renouvellement de ses papiers se fait plus difficile. Grâce aux actions d’un comité de soutien, elle continue de vivre et travailler en France sous réserve d’exercer une profession libérale générant un chiffre d’affaire de 16 125 € par an.

Cette situation a inspiré ce projet. Lorsque l’on vit dans un pays étranger, on y est installé de façon temporaire. Ces circonstances génèrent une impression d’inconstance voire d’errance. " Les objets que j'utilise chaque jour ne m'appartiennent pas réellement. C’est comme si tout ce qui m'entoure était emprunté. Le jour où je quitte le pays je dois tout laisser, n’emportant qu’une valise. " C'est pour partager ce sentiment de dépossession qu'elle souhaite réaliser ce projet. Les différentes phases représentent le temps qui lui est accordé, le temps rythmé par un compte à rebours.

Acte 1 : « L’emprunt » Exposition d’objets, installation, La Condition Publique à Roubaix, mai 2011

Dans une salle d’exposition, elle a exposé publiquement tous les objets qu'elle possède depuis son arrivée en France il y a cinq ans. Pendant une semaine (la durée de l’exposition), elle a proposé aux visiteurs d'emprunter un objet et de l’utiliser. Elle a donné rendez-vous à plus de cent visiteurs qui ont "adopté" ses affaires, et de se retrouver six mois plus tard (période d’expiration de son titre de séjour temporaire où elle attend une réponse de la part de préfecture) pour qu’ils lui restituent l’objet prêté.

Acte 2: «Toujours être ailleurs, jamais être chez soi» Performances

Alors que le public lui a emprunté tous ses objets, son appartement s’est vidé. Chaque soir elle part avec sa valise et une adresse pour passer la nuit chez une personne. Le lendemain elle aura une nouvelle adresse indiquée par la personne qui l’a accueillie la veille.

Acte 3 : « Vivre de l’art »

Pour répondre à l’exigence du chiffre d'affaire imposé, elle a travaillé en tant que professeur de chinois, de calligraphie, de peinture, comédienne, metteur en scène, scénariste, styliste, modèle, animatrice, interprète, retoucheur photo, Zbrusher 3D film d’animation… Lors de l’exposition finale, elle exposera les fiches de paye qui rendent compte de cette quête effrénée.

Car si le ciel est son toit, un toit universel, à l’image de l’art qu’elle veut produire, le sol la rappelle à la réalité. Et l’obsession du titre de séjour l’amène à reconsidérer la création artistique dans son contexte économique. Symbolique de la liberté dont elle rêve toujours, le ciel devient alors sujet de représentation, sur les valises d'hommes d'affaires qu’elle a incrustées de ses peintures. Le romantisme propre aux jeunes filles du pays dont elle est native, cède ainsi momentanément la place au réalisme d’un monde matérialiste où même le ciel serait à vendre. C’est le sens des mallettes présentées dans l’exposition, qui symbolisent l'argent obtenu par la vente des peintures sur ces valises qui accompagneront ces hommes pour qui le voyage est lié à l’enrichissement, au chiffre d’affaires.

Afin de « rendre hommage » à la performance de son voyage d’errance (Acte 2), elle a réalisé une série de photos chez les personnes qui l’ont accueillie. Elle a posé dans le décor des chambres de ses hôtes. L’intention de l’artiste a été de trouver une esthétique à la frontière du reportage et de la mise en scène. Ces « reconstitutions du réel », non dépourvues d’humour et d’une certaine pudeur propre aux asiatiques, sont à vendre, contribuant à l’équilibre économique de sa vie de performeuse itinérante.

L’exposition finale « Carnet d’Adresses » aura lieu du 3 décembre 2011 au 29 janvier 2012 à la Ferme d'en Haut à Villeneuve-d'Ascq. Peintures, photos, installations, vidéos, objets, constituent autant de traces, objectives et subjectives, de ses performances réalisées durant les six derniers mois de vie, de travail et de création.

"Restitution" performance, 10 et 11 décembre 2011

"Toujours être ailleurs, jamais être chez soi" - vidéo